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Claire Ménard est une femme de cœur dédiée aux jeunes mères en difficultés. La mission que s’est donnée cette femme d’exception est de tout mettre en œuvre pour que le moins d’enfants possible soient placés en familles d’accueil. Les causes pouvant mener à cette situation sont nombreuses et les ressources permettant de l’éviter sont plutôt rares. L’Écho de Cap-Rouge a eu le privilège de s’entretenir avec cet être d’une bonté et d’un altruisme remarquable.
À 53 ans Claire Ménard connaît très bien les problématiques souvent indissociables des jeunes mères monoparentales et du décrochage scolaire. En plus de sa formation en psychoéducation, en adaptation scolaire et sociale, en réadaptation et en toxicomanie, madame Ménard a toujours œuvré auprès des jeunes en difficultés dans les écoles tout en étant commissaire aux libérations conditionnelles. La première ressource qu’elle a mise sur pied fut Le Portail, une maison de thérapie pour les femmes qui ont des problèmes d’alcoolisme, de toxicomanie, ou de dépendances. « Pendant ces années-là, je voyais des filles en détention, des mères et j’évaluais leurs dossiers en me disant qu’il fallait offrir des choses à ces personnes-là, ça n’avait aucun sens. On les libère, mais elles sont prises dans des portes tournantes sans en trouver l’issue. Je suis une fille de terrain et il fallait absolument trouver des outils pour les aider à s’en sortir. Quand on sait bien intervenir auprès de ce type de clientèle issue du monde de la toxicomanie, des centres jeunesse, du monde la prostitution et qui pour la plupart n’ont pas eu de modèle parental, il y a de l’espoir », relatait Claire Ménard.
La Colombière
La Colombière qui peut accueillir 27 personnes (mère-enfant) est maintenant reconnue par les centres jeunesse. Une entente-cadre fut signée en décembre 2010 avec Centre Jeunesse de Québec-Chaudière Appalaches et la Mauricie faisant de La Colombière, un lieu de référence vers qui ces régions se tournent. La moyenne d’âge est 24 ans et toutes sont des mères monoparentales. Souvent rejetée par leur milieu familial ces jeunes femmes peuvent souffrir de problèmes de comportements liés au phénomène de gangs de rues ou du manque d’estime de soi. « Ma clientèle provient de milieu dysfonctionnel, de milieu éclaté d’où la mère est absente. C’est un problème de fond, de carence affective. Il y a très peu de pères dans le décor », soulignait madame Ménard.
Miracle… ?
«Ici ce n’est pas la maison des miracles, on ne se prend pas pour des sauveuses. Quand une mère arrive, il faut faire des évaluations sur le potentiel pour développer ses habiletés parentales. Nous avons un privilège ici, c’est de vivre 24 heures sur 24 avec ces mères là. Certains juges m’ont dit à quel point ils appréciaient l’analyse et les observations sur le long terme, car il n’y a rien de mieux pour établir des bilans. Lorsqu’on présente un dossier à un juge sur les compétences ou non de la jeune maman, on l’éclaire drôlement. Dans notre milieu, la mère qui vient ici arrive toujours ici dans le contexte d’alternative au placement. Si on n’était pas là, chaque enfant qui arrive ici ne serait pas là, il serait placé. Les mères savent qu’en venant ici, elles vont travailler, seront observée puis évaluées. L’approche que j’ai mise sur pied est très humaniste, on est dans un milieu familial et on les laisse vivre au naturel pour qu’elles ne sentent pas de pression. Bien sûr on les place tout de suite dans un contexte qui favorise le lien avec l’enfant. Si la mère néglige son enfant, on le voit tout de suite. Le premier mois sert à développer le potentiel de la mère sinon on va l’amener à faire des constats. On ne l’abandonnera pas. Il est arrivé que des jeunes mères disent au juge qu’elles préféraient confier leur enfant à une famille d’accueil parce qu’elles se savaient inaptes. On voit parfois des mères trop carencées pour donner à un bébé. De concert avec les centres jeunesse et les CLSC, on bâtit des plans d’intervention pour réussir à leur redonner confiance et leur donner le goût de continuer. En moyenne les filles restent à La Colombière 12 à 24 mois. Une fois sortie elles peuvent bénéficier des services de la résidence indéfiniment à l’externe. On ne laisse partir personne sans organisation extérieure. Elles doivent clarifier leur projet de vie. Il faut qu’elles aient un travail et un appartement. Ici il y a de l’espoir pour ces jeunes mères. J’ai mis ce projet sur pied pour éviter les placements d’enfants. Sans ce milieu de vie où l’on apprend à une jeune comment se responsabiliser, pas un enfant ne serait aujourd’hui avec sa mère naturelle», précisait madame Claire Ménard.
Deux volets
La résidence La Colombière, c’est deux grands volets : milieu de vie et réinsertion scolaire et sociale. Le programme éducatif qui est adapté aux besoins de la clientèle est reconnu par le ministère de l’Éducation. La partie académique est standard : math, français, etc. L’autre portion de l’éducation, bâtie par la Colombière, vise le développement des habiletés parentales, personnelles et sociales de la nouvelle maman. Précisons que tout ce qui est présenté à la clientèle est codifié par le ministère de l’Éducation. Il est également important de savoir que lorsqu’elles étudient, les jeunes mamans confient leur bébé aux éducatrices spécialisées en service de garde de la Colombière.
Perdurer…
Une telle entreprise visant à sauver les familles les plus fragiles qui soient, mérite d’être encouragée. Comme n’importe quel organisme communautaire. Le gouvernement donne une partie du financement, l’organisme doit cependant trouver l’équivalent. La Colombière fait néanmoins partie du réseau officiel de la santé. L’objectif est d’amasser 300 000 $. On peut faire des dons via le site Internet. Des reçus de charité pour déductions d’impôts seront remis. La Colombière est en train de mettre une fondation sur pied pour sa campagne de financement à venir.
Si l’on veut que ce soit un organisme viable pour la santé de nos jeunes, de nos mamans et des générations à venir, souscrivons !
Source : L’Écho de Cap-Rouge. juin 2011. Par Carole Roy



